Tête de bite !

Non mais ça va, je ne vais pas te refaire le coup de l’Œdipe. Si tu ne sais toujours pas qui est Freud et le complexe qui va avec, retourne passer ton bac et dis-toi que le tête de bite est pour toi ! Non, on va parler Phallus, un sujet qui met tout le monde d’accord ou presque.

Parce que le NTM a du bon !

Qu’est-ce que le phallus ? Je t’attends au tournant… Le phallus n’est pas le pénis mais la symbolique du pénis ! C’est là qu’on commence à se marrer, parce que c’est un peu l’objet de toute une mécompréhension de la psychanalyse et des raccourcis à la con.

En fait, cet énorme malentendu, est en partie lié aux traductions de l’allemand. Et là, je prends conscience qu’il faudrait que je fasse 40 articles sur le sujet pour rétablir l’exactitude… On en n’a donc pas fini de l’anal ! Car oui, je suis de type anal. C’est-à-dire une personne qui lors du stade anal, a eu certaines inflexions de libido très tournées vers le contrôle, la droiture, l’inflexion. C’est le truc des profs, des comptables, de tous ces métiers chiants et des gens qui le sont autant, des trous du cul qui aiment le rectiligne et le pouvoir. Le psychorigide et le sadique peuvent ne pas être loin selon les cas, mais là n’est pas le sujet. Enfin si, mais on va déjà faire passer une Valda aujourd’hui, avant d’enchaîner avec le bœuf bourguignon et le trou normand. La bûche peut attendre, non mais !

Bon, reprenons… L’enfant est à l’origine un pervers polymorphe. Oui, tu as bien lu et si ça te pose problème, tu t’en prends à Freud. C’est pas comme s’il avait été adepte de la cocaïne et s’était pris comme sujet pour fonder sa discipline. Oui, Freud n’était pas contre un petit rail ! Mais il lui fallait au moins ça pour inaugurer une discipline et se montrer aussi prolixe, sans compter les effets de la drogue sur le psychisme que certains courants interrogent encore. Et puis, quand il dit pervers polymorphe, il veut dire par là, que l’enfant est pervers car sa jouissance n’est pas d’abord tournée vers la reproduction et le génital justement. Pervers puisque anormal en quelque sorte, du moins compte tenu des attentes de la nature, de la reproduction inscrite dans nos gènes. Polymorphe dans la mesure où sa jouissance est multiple, il la retire des zones dites érogènes qui ne sont pas à proprement sexuelles mais sensitives, on pourrait dire. Oui, l’enfant jouit et sa jouissance est partout, surtout au niveau des trous, des orifices et du derme, là où une sensibilité et des nerfs se concentrent.   

Il jouit tout autant de se sentir omnipotent, il croit qu’il est capable de faire apparaître une vache à lait quand il crie. Ouain ! Un sein ! Truc de fou, il se prend pour Dieu. Il est content aussi de se retenir au moment du pot, pour rappeler au parent que le caca ça se monnaye et qu’il a son mot à dire ! Il jouit encore plus quand on le caresse, quand sa jouissance rencontre celle de sa mère qui le câline, fait de son corps un épiderme de sensations et d’amour. Il est une libido en contact avec la libido de sa mère, le trou d’une oreille notamment. On le cajole, la voix le berce, dépose sur sa peau des mots doux et des intentions. Oui, Lalangue est ici et je te lacanise l’air de rien, ça nous avancera pour la prochaine.

La libido du môme n’est pas franchement folichonne comme tu peux le voir ! Il kiffe juste d’être aimé, de sentir son corps, qui est à ce moment là sa seule manière d’exister car il n’a pas encore la représentation de son « je ». Sa libido, va s’étayer à partir de ces zones et autour de ces zones pendant plusieurs années. La manière dont va progresser sa libido, s’accrocher, buter sur des zones lors des stades infantiles va former ce qu’il est, à titre personnel. C’est toute sa préhistoire qui est là, celle du prégénital !  

Ce qu’il faut alors comprendre au passage ici, c’est que la libido n’est que l’énergie constitutive du psychisme. Elle provient d’abord en grande partie du Ça, la partie la plus instinctive de l’être et de sa volonté d’autoconservation, ce que l’enfant est à la naissance. Domaine assez animal, parce que la Ça, c’est le lieu des lois de l’espèce. Il est donc à l’image de tous les organismes, il a pour règle le plaisir compris comme sensation plaisante, favorable à son besoin de pérennité. Cette précision, c’est pour que tu comprennes que le plaisir, ce n’est pas jouir au sens propre. L’enfant, dans les faits, a eu sinon le plus gros orgasme de sa vie lors de sa première tétée mais il est vrai, que c’est sans doute le cas… Oui, je nuance pour que ça passe mieux.

Hé ouais, imagine ! Il a faim le mioche, c’est la première fois. On lui met un téton dans la bouche, il jouit d’une extase qui est simplement satisfaction d’un besoin, chute d’une tension qui le maintenait en alerte, en état de mal-être. Jouir, ce n’est en conséquence pas grand-chose, c’est avant tout, apaiser une charge, faire revenir le psychisme à un point d’équilibre homéostasique. Tu sues bien du dessous de bras dans la même logique ! Ton corps lui aussi répond à l’homéostasie, tu investis dans du Sanex parce que tu transpires pour maintenir une température organique optimale. Oui, ton aisselle Cousin Machin de la famille Adams, a sa raison que ta raison ne maîtrise pas !

Une aisselle bien peignée

Mais revenons à nos gougouttes ! La première fois que l’enfant goute de la mamelle, il connaît une satisfaction ultime parce qu’il ne sait pas que c’est sa première dose. Il ne soupçonnait même pas que ça existait et il était encore plus loin de se douter de la forme que cette satisfaction prendrait. Le glouglou le shoote et le détend alors comme pas permis. Le sein devient magique ! Magie pure car il fait un rapprochement. Il crie, un sein est fourré dans sa bouche, il demande, il obtient, il donne forme à ses envies, il jouit sur commande. A cette période de vie, l’enfant est surtout cet être qui ne comprend pas que sa mère et lui, sont deux entités distinctes. Le sein est sa propriété, c’est à lui, il fait partie de lui. Que veux-tu ?! Il y pense, il est là direct. Il pense que sa mère et lui sont la même personne mais pas de chance ! Des dents poussent et maman en a marre de dégainer le nichon sur demande, encore plus d’être l’esclave d’un rampant qui mange et défèque. Un petit con qui s’adonne à l’autoérotisme, se cramponne au masturbatoire de la jouissance de ses orifices ! Et si là encore ça te pose problème, tu envoies ta doléance à Freud…

Les dents sont là. Les moments d’allaitement s’espacent, l’enfant commence à comprendre qu’il n’est pas sa mère, que le sein n’est pas Son Précieux. Problème, il adore être l’objet d’amour de sa mère et jouir, c’est un petit con narcissique. Son rêve est d’être le complément de sa mère, d’être son prolongement, une partie d’elle pour jouir constamment. Il rêve d’être son phallus ! Oui, c’est ça le phallus, c’est vouloir être le petit bout de sa mère, ce qui lui manque, ce qui manque aussi à l’enfant pour n’être qu’un. C’est ce que Lacan appelle le manque-à-être, le lit du désir parce qu’il est « celui qui a lu Freud » alors que toi et moi, nous sommes trop cons pour le comprendre sans lui. Echo du fantasme, le manque-à-être, désir du phallus préfigure la symbiose perdue pour le petit denté et merdeux. Le truc qui hantera tout individu inconsciemment jusqu’à sa mort, porté par une jouissance et une unité dont il a été déchu.

Le merdeux qui s’en revient du stade oral, du « je jouis de par ma bouche, de par mes lèvres », connaît alors sa seconde déconvenue, celle de la propreté. Nouvelle castration qui se fait sentir et qui pue bien sans mauvais jeu de mots ! Désormais, faudra en plus apprendre à faire sur une simple sollicitation, quand on présente un pot. L’enfant n’a même pas le droit de faire mumuse avec son étron, son œuvre d’art, ce morceau de lui, qui sort de lui mais qui n’est pas lui ! Se retenir, se laisser aller, voilà de nouvelles sensations. Le rectal est cadeau, sanction aussi. Petit merdeux se sert (serre) du sphincter pour emmerder le parent et s’adonne soudainement, à un lâcher-prise total, pour lui faire don de lui-même. Ah, soulagement…

Mais le merdeux rêve encore d’être le phallus, l’ultime objet d’amour et celui qui détient le pouvoir. Il a même pu faire dans l’anorexie et la boulimie face au sein, juste par esprit de vengeance éventuellement. Il prône désormais une tronche de constipé au besoin. Pour rappeler qui est le maître, qu’il existe, qu’il est plus maintenant qu’un vulgaire Ça mais bien un Moi. Le Moi, s’est développé en fait durant l’allaitement parce que le besoin a donné lieu à une représentation psychique, une image de la faim distincte du besoin de manger. Il y a eu, peu à peu, passage du besoin vers un versant plus conscientisé même si l’expression reste maladroite. Dans l’absolu, il faut parler de représentation de la pulsion. La pulsion de faim provient du Ça mais il y a une représentation et il n’y a qu’elle que tu perçois, quand tu tuerais pour un Kinder. La pulsion derrière l’envie du Kinder, tu ne la perçois pas et tu ne sais pas non plus à quoi elle se rapporte concrètement. Car au-delà de la faim, c’est peut-être une signification inconsciente que tu as construite sur le Kinder et, pas seulement la pulsion qui se manifeste. Tu me suis toujours ?! Pas grave, je reprends !

Notre merdeux est désormais propre. Il est déjà passé par plusieurs castrations tu noteras : arrachement des entrailles maternelles et confrontation à la violence du monde, castration orale, castration du trou de balle et le pire du pire, arrive pour lui.

Petit merdeux se questionne beaucoup. Il arrive proprement, la fesse essuyée, au stade bien mais bien phallique. D’où viennent les bébés ? Pourquoi j’ai un zizi et pas toi ? Car oui, horreur ! Sa mère n’a pas de zizi ! Sa mère est vraiment une autre, une étrangère, elle n’est pas constituée comme lui. Il nie d’abord l’évidence, fait comme si de rien n’était mais ça le contrarie. Surtout que l’enfant a le cerveau de plus en plus développé et qu’il fait d’autres rapprochements. Du genre, ma mère n’est pas là car elle est avec l’autre connard ! Le daron fait obstacle, barrage au rêve phallique. C’est lui, le vrai phallus, celui qui manque à sa mère, ils se complètent. L’enfant désire encore et toujours être le phallus de sa mère et nourrit l’ambivalence. Haine et amour à l’égard du pater, l’ennemi et le protecteur. Le phallique se superpose à l’Œdipe, soit l’ouverture au génital, concentration et assomption de toutes les jouissances qui deviennent proprement sexuelles. Oui, on ne devait pas parler de l’œdipe mais il est ici en filigrane… Ouais, t’as vu ça, la psychanalyse c’est pas aussi finger in the noze ou dans le cul, souviens-toi je suis de type anal ! Et encore, je t’épargne l’aspect « fille/garçon » et le processus de sexuation, hors anatomie, pour atteindre ledit génital.

Bref, petit merdeux comprend qu’il y a une triade, une triangulaire. Un père, une mère et un merdeux. Le merdeux doit cesser de vouloir être le phallus de sa mère, son père est là et l’interdit qui va avec. Provoquer le père, niquer la mère, c’est prendre le risque de finir avec un bout en moins, si tu vois ce que je veux dire ! C’est ce que Lacan nommera le Nom-du-Père, parce que la reconnaissance du père implique la reconnaissance de l’interdit de « l’inceste ». La reconnaissance de l’interdit, c’est le refoulement du désir pour la mère qui est désir de fonte et l’instauration du Surmoi. L’instance la plus bâtarde, celle de l’intériorisation des normes morales, de la conscience du bien et du mal. Celle qui te déteste, celle qui juge constamment le Ça et le Moi aussi, au point que nous soyons des masochistes d’après Lacan. Parce que cette intronisation est telle qu’elle pervertit inconsciemment notre recherche du plaisir ! Oui, tu as limite une triple personnalité dans la tête, le Ça, le Surmoi et le Moi sans être schizophrène. Sauf si tu nous as fait un bad phallus…

Un bad phallus ou passage foiré du phallique, c’est la psychose assurée. Le Nom-du-Père devient le Non-Dupe-Erre ! Maniaco-dépression, schizophrénie ou paranoïa, c’est au choix ou pas trop ! Parce que l’interdit de l’inceste lors du phallique ne s’est pas inscrit dans l’esprit du psychotique. Le refoulement de l’inceste n’y est pas symbolisé si tu veux, pas plus que la loi du père. Non, ça ne veut pas dire qu’un schizophrène nique sa mère ou qu’il rêve vraiment de le faire ! Cela signifie qu’il n’a jamais bien intégré la scission à la mère et le fait qu’il n’est pas son prolongement, qu’elle n’est pas non plus lui. Il ne fait pas la distinction « dedans-dehors », lui et l’autre, raison pour laquelle il a une vision de lui comme défragmentée et morcelée. L’unité de lui-même ne s’est pas opérée comme chez le névrosé, soit toi, moi et la majorité, qui a simplement refoulé. Refoulement qui a ouvert à tout un pan symbolique, un arrière-plan inconscient, bien retranché et qui nous maintient ainsi dans un petit Réel de daube, aseptisé et commun. Oui j’ai envie de faire l’apologie du psychotique et si t’es pas content, Freud ta mère pour compenser !

Papa ou la Psychose ?!

Le « dedans-dehors » n’est pas distinct chez le psychotique. Le dedans fait retour dans sa réalité, dans le dehors. Ces hallucinations sont des trucs qui relèvent du simple symbolique pour le lambda mais pour lui, tout ce qui n’est pas refoulé vient lui dire bonjour au quotidien. C’est comme s’il évoluait dans un rêve sauf qu’il ne se réveille pas ! C’est aussi la raison pour laquelle la schizophrénie se déclenche généralement lors des premiers rapports sexuels. Ce qui n’a pas été repoussé au fond du fond de l’inconscient revient sur le devant de la scène psychique. Et c’est toujours aussi pour cette raison que le psychotique entretient l’utopie de ne faire qu’un avec sa moitié, veut fusionner avec elle et en elle. Qui a été aimé(e) d’un psychotique, s’en souvient ! En bien et en moins bien, mais en bien aussi. Oui en bien aussi, le DSM n’est pas la Bible et le psychotique a sa dose du côté de la stigmatisation. Je lui fous la paix, fais pareil.

Ouais tu vois, on est bien loin du truc scandaleux qu’on te vend depuis des années et de mon titre racoleur. Mais comme tu es un vrai gland, ça t’arrange sans doute de fonctionner avec un kit de bite, un kit tout prêt-à-penser en mode digeste et simplifié. Ne me remercie pas, je t’ai prémâché l’ensemble pour te donner la becquée mon oisillon. Ceci dit n’envisage pas de me faire une blague scatophile, sous peine de vraiment comprendre ce qu’implique d’être castré mon petit bout. A bon entendeur !